14. Les vertus du pardon

Quand tu choisis de pardonner à ceux qui t'ont fait du mal, tu supprimes le pouvoir qu'ils ont sur toi

Le ressentiment, ou la rancœur, est une émotion négative qui nous emprisonne, lorsque nous la ressentons.

Cette émotion provient d’une blessure qui a été affligée à l’offensé par un offenseur “Tu m’as blessé et je t’en veux” “je ne peux pas accepter ce qui a est arrivé, je veux que ça n’ait pas existé”.

Il est, bien entendu, tout à fait compréhensible que nous puissions ressentir par moment ce genre de ressentiment.

Cependant, il risque de devenir un véritable poison lorsqu’il stagne trop longtemps dans l’esprit.

La douleur d’avoir subi la blessure est entretenue par la rancœur, car on ressasse sa haine, sa colère envers l’offenseur et du coup… on pense sans cesse à ce qui nous est arrivé.

Dans le cas de la rancune, le lâcher prise passe par le chemin du pardon. Certains pourraient penser “ce serait trop facile pour mon offenseur, que je lui pardonne” et pourtant, réfléchissons… qui souffre le plus du ressentiment ?

Lâcher prise à travers le pardon permet d’éviter de perpétuer en soi et chez les autres le mal subi, d’éviter de rester accroché au passé et de vivre dans un perpétuel ressassement d’une situation à laquelle on voudrait tellement moins penser…

Souvent, ce qui nous empêche de pardonner, ce sont … des croyances, encore une fois :

  • “Pardonner, c’est oublier” : bien au contraire, pardonner veut dire lâcher prise du désir de vengeance et avancer vers la possibilité de se distancer de l’évènement douloureux, de ne plus ressentir des émotions violentes en se souvenant incessamment de ce que nous avons subi et… de qui nous l’a fait subir. Nous essayons aussi de garder le contrôle, afin de ne pas revivre ce qui nous a fait souffrir et, dès lors, nous y pensons beaucoup… trop !
  • “Pardonner signifierait se réconcilier” : ce n’est pas parce que nous parcourons le chemin du pardon que nous allons devoir entrer en relation avec celui qui nous a offensé… là, ce sera notre propre choix. Pardonner ou se réconcilier sont des actions différentes qui ne sont pas obligatoirement liées.
  • Pardonner signifierait que l’on renonce à ses droits : faire valoir ses droits est un aspect primordial du respect de soi-même. Pardonner ne veut pas dire nier l’offense ou encore accepter qu’elle continue…

Jean Monbourquette, prêtre, lui aussi comme Tony De Mello et psychologue québécois spécialisé dans le deuil, préconise douze étapes afin de parvenir au pardon :

  1. Décider de ne pas se venger et faire cesser les gestes offensants : le désir de représailles avive la blessure et l’empêche de cicatriser.
  1. Reconnaître sa blessure et reconnaître l’humiliation ressentie : on ne peut pardonner si l’on persiste à nier qu’on a été offensé et blessé et que, du même coup, nous avons pu ressentir de l’humiliation et de la honte. Cette étape peut faire penser qu’il va falloir revivre consciemment un évènement que l’on voudrait oublier, mais il en est de l’offense comme d’un hameçon dans le doigt : on ne peut l’enlever en l’arrachant : il faut l’enfoncer davantage dans la chair pour en dégager la pointe.
  2. Partager sa blessure avec quelqu’un : la blessure renferme sur soi. Le fait de la dire à quelqu’un qui pourra écouter sans juger, sans moraliser, sans accabler de conseils (n’hésitez pas à “donner ces consignes” à la personne de confiance que vous choisiriez pour raconter votre offense) permet de revivre l’évènement avec plus de calme et l’attitude d’acceptation inconditionnelle de l’écoutant déteindra sur la personne offensée.
  3. Bien identifier la perte pour en faire le deuil : quand une personne nous offense, nous avons un deuil à faire des attentes que nous avions vis-à-vis d’elle. Un sentiment de tristesse y est lié. Faire un inventaire précis des dommages causés par l’offense permet de prendre conscience que ce n’est pas tout notre être qui est offensé, mais seulement une part de nous-même.
  4. Accepter sa colère en son envie de se venger : souvent, nous estimons devoir refouler tout mouvement d’agressivité, cela nous a été enseigné. Or, tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime. Une émotion refoulée surgira tôt ou tard sous formes de “déviation” : cynisme, hostilité, accusation, bouderie… Ne pas reconnaître sa colère et son envie de se venger sous prétexte de vouloir pardonner, c’est se mentir à soi-même et travestir le pardon et grimace sociale.
  5. Se pardonner à soi-même : on ne peut pardonner à autrui avant de s’être pardonné à soi-même. Pardonner de n’avoir pu se préserver de cette offense, de n’avoir pu se défendre, se pardonner d’en souffrir encore…
  6. Commencer à comprendre son offenseur : cela ne signifie pas l’excuser… encore moins le disculper. Comprendre vise à sortir l’offenseur et ses gestes de l’irrationnel qui est toujours une menace qui fait peur. Comprendre l’offenseur humanise celui-ci. Il perd ce côté menaçant d’être l’incarnation du mal absolu; un être exécrable, trompeur, dangereux, haineux, irresponsable. Face à un mal absolu on ne peut avoir qu’une réaction dans l’absolu, violente et sans nuance. Condamner autrui sans mesure c’est rendre absolue une situation qui, en somme n’est que relative. Condamner autrui sans mesure c’est manquer d’objectivité.
  7. Trouver le sens de sa blessure dans sa vie : il s’agit de découvrir un sens positif à l’offense reçue. Comment se servir de cet échec à son avantage pour grandir, s’enrichir, avancer… au lieu de s’apitoyer sur soi-même. Il y a du bon à espérer de chaque malheur. Il y a des acquis possibles à trouver dans chaque perte, dans chaque offense : Mieux se connaître – acquérir plus de liberté intérieure – moins dépendre de la considération et de l’amour des autres – apprendre à dire « non », à mieux se défendre, à mesurer sa confiance – avoir plus de compassion pour les autres offensés – ne plus se positionner en sauveteur, en victime, en persécuteur, en donneur de leçons… Cette découverte, chacun la fait pour lui-même.
  8. Se savoir digne de pardon, c’est déjà pardonner : les personnes qui sont incapables de se pardonner sont incapables de pardonner aux autres. Les personnes qui sont incapables de recevoir le pardon d’autrui, de se sentir aimées pour elles-mêmes sont incapables de se pardonner à elles-mêmes et de pardonner aux autres personnes. C’est beaucoup plus facile d’être généreux et de donner des choses que de se laisser aimer…
  9. Cesser de s’acharner à vouloir pardonner : essayer de pardonner est un grand pas. Si on sent que cela ne marche pas, ce n’est peut-être pas le bon moment, ou nous avons peut-être besoin d’aide pour y arriver…
  10. S’ouvrir à la grâce de pardonner : se donner l’autorisation d’y arriver. Sortir de la croyance “je n’y arriverais pas” ou “il ne faut pas”.
  11. Décider ce que l’on va faire de la relation : y mettre fin ou la renouveler.

Pardonner peut être compliqué si la personne nous ayant fait souffrir est décédée, inaccessible, ne se sent pas concernée, se sent non coupable… Dans ce cas, étant donné que la démarche du pardon est la nôtre et non la sienne, nous pouvons procéder via l’écriture thérapeutique : mettons par écrit tout ce que nous ressentons par rapport à ce que nous avons vécu. Expliquons les fait vécus de notre côté de la barrière, exprimons ce qu’ils ont engendrés dans notre vie, expliquons ce que nous voudrions qu’il se passe. Et enfin, décidons ce que nous allons faire de cet écrit.

Quelques questions à se poser, en toute honnêteté envers soi-même :

  • A qui n’ai-je pas pardonné ?
  • Est-ce que je retire un avantage de ce lien de ressentiment entre cette personne et moi ?
  • Est-ce que je souhaite entrer dans le chemin du pardon ?
  • Suis-je prêt à me pardonner à moi-même ?
  • Suis-je prêt à lâcher prise de ce ressentiment ?

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