31. Les « Conjoints de l’ombre »

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Les conjoints de lombre

« Ta femme est tellement belle »

« Ton mari est tellement attentionné »

« Et bien dis donc, tu as gagné au Lotto, toi, avec un conjoint pareil ! »

« Mais comment as-tu fait pour arriver à épouser une femme aussi parfaite »

« Ce qu’il fait est merveilleux, quel homme ! »

Dans l’absolu, ce genre de phrase pourrait s’avérer flatteur. C’est vrai, quelle chance de partager le quotidien d’un homme qui fait tout à la maison : il cuisine, fait le ménage, est aux petits soins… ou alors de cette femme belle, charismatique, intelligente, douce, sportive… De la chance oui ! Aux yeux de nos pairs, de notre entourage, c’est cela : un coup de bol.

Le « conjoint lumineux » est vu, reconnu, admiré, adulé parfois. Et son conjoint se retrouve à exister dans son ombre

Au point qu’il peut arriver que la moitié « moins voyante » de ce binôme peut, à un moment donné, se sentir dévalorisée, avoir un sentiment d’imposture : « Pourquoi moi ? Pourquoi cette merveilleuse personne a-t-elle jeté son dévolu sur moi qui ai bien moins de qualités qu’elle ? C’est véritablement de la chance, tout le monde me le dit. Du coup, tout peut s’arrêter ! ».

Le conjoint « chanceux » peut aussi avoir le sentiment d’être inexistant, transparent.

L’estime de soi peut alors être malmenée, s’amoindrir, le doute s’insinuer quant à nos facultés à conserver intact l’intérêt que notre conjoint nous porte.

Isabelle le dit « Michel est parfait, merveilleux même. La vie avec lui est tellement facile. Il fait tout à la maison sans se plaindre : il aime ça ! Il cuisine merveilleusement bien, il tient la maison de manière impeccable, me dorlote : pensez donc, il me prépare et mon petit-déjeuner avant mon départ au travail mais aussi mon repas de midi à consommer au boulot, il tient à ce que je mange équilibré. Michel est retraité depuis peu. Son temps libre, il l’utilise à s’occuper de toute la logistique ménagère, mais aussi à s’entretenir. « Du coup, dit Isabelle, non seulement il est parfait comme homme d’intérieur, mais de plus, il est super beau, svelte et très coquet… Un homme parfait. Je n’ai pas besoin de réfléchir pour dire pourquoi je suis amoureuse de lui, et ça fait trente ans que ça dure ». Pourtant, il arrive à Isabelle de vivre des moments de doute. « Quand nous recevons des amis et que tous s’extasient sur la préparation culinaire proposée par Michel en me disant : donne-moi ta recette, comment as-tu fait pour le séduire ?  Ou quand j’entends mon entourage féminin me dire, en plaisantant – si tu n’en veux plus, je le prends !, j’en arrive à me dire que peut-être que Michel aurait pu trouver mieux que moi ».

Geneviève (c’est moi ☺ ), de son côté, vit avec un « conjoint lumineux » admiré de tous. Luc souffre d’un handicap important, il est amputé d’une jambe. Sportif de haut niveau, Luc est également à l’initiative de la création d’une association qui aide les autres amputés à mieux vivre après un accident. Il est aussi un homme investi dans les tâches ménagères, dans la vie communale. Par ailleurs, Luc est admirable… et admiré pour son physique d’athlète. Médiatisé grâce à ses actions altruistes, Luc est très souvent reconnu en rue. Il arrive régulièrement que les gens le saluent, le félicitent, sans dire bonjour à son épouse. Il arrive fréquemment aussi que l’on dise à Geneviève « Tu as tiré le gros lot, toi, comment as-tu fait » ou « Tu n’as pas peur qu’on te le vole, ton mari ? » ou encore « Vivre aux côtés d’un tel homme, ça doit être super, tu as vraiment de la chance ». Geneviève en arrive à se demander si elle est à la hauteur de cet homme qu’elle aussi trouve extraordinaire.

Pascal, quant à lui, est régulièrement « complimenté » sur la beauté parfaite de sa compagne, Elise. « Waow, qu’est-ce qu’elle est belle, quand elle entre quelque part, on ne voit qu’elle » ou alors « C’est pas possible, qu’as-tu développé comme stratégie pour la séduire ? » ou encore « Espérons que vos enfants tiendront d’elle ». Du coup, Pascal  se surprend de plus en plus régulièrement à interroger sa belle compagne sur son emploi du temps, à guetter les regards des hommes et le retour qu’elle  leur renvoie, lors de leurs balades à deux… La jalousie s’installe. Une question taraude Pascal « Et si elle trouvait mieux que moi ».

Pourtant, ces conjoints lumineux, lorsqu’ils sont avertis des questionnements dans lesquels s’embourbent leur moitié, réagissent en faisant de leur mieux pour la rassurer. « Si je t’ai choisi(e), je sais pourquoi. Tu m’apportes tout ce que je désire, je suis heureux(se) avec toi. »

Mais le « ver est dans la pomme », et un travail sur soi-même et sur son couple va être nécessaire afin de pouvoir vivre cette merveilleuse histoire sans complexe ni peur.

Ce travail va passer par la communication entre les protagonistes. Dire, et se dire à l’autre, expliquer ce qui nous préoccupe, exprimer quels sont nos besoins inassouvis (j’ai besoin de reconnaissance, j’ai besoin de sentir que nous formons un couple complice, j’ai besoin que tu me dises ce que tu aimes chez moi, j’ai besoin  que tu montres aux autres la place importante que j’ai dans ta vie). Il serait utopique d’attendre que l’Autre comprenne d’emblée quels sont nos besoins non rencontrés alors qu’il (elle) fait tout ce qu’elle peut pour rendre notre vie agréable.

Pouvoir, avec humilité et confiance, dire « J’ai peur de te perdre, j’ai le sentiment de ne pas te mériter, quand notre entourage me dit que j’ai gagné au Loto en te rencontrant, je me sens blessé(e) et anxieux(se) car j’ai le sentiment qu’il s’agit juste de chance et que dès lors tout pourrait s’arrêter » va ouvrir de nouvelles portes à un dialogue serein et juste qui mènera à un renforcement des relations amoureuses. Permettre à l’Autre de se mettre à notre place est nécessaire et primordial pour l’harmonie de notre couple.

Isabelle, Geneviève et Pascal ont pu s’exprimer ainsi et dire à leur conjoint ce qui les mettait mal à l’aise dans le regard des autres. Michel a réagi en mettant sa femme à l’honneur lorsqu’on lui fait un compliment : il cuisine bien ? Normal, Isabelle lui a montré comment on faisait. Il lui prépare le petit-déjeuner ? Normal, elle le mérite.

Luc, quant à lui, se montre très attentif lorsque quelqu’un vient le saluer, d’emblée il présente son épouse et ne manque pas de dire que s’il en est là, c’est grâce à elle.

Elise, lorsqu’elle est complimentée sur sa beauté ne manque pas de dire que c’est l’amour de Pascal qui la rend belle.

Par ailleurs, Isabelle, Geneviève et Pascal ont aussi appris qu’il est nécessaire qu’ils cherchent la manière de trouver leur place, une certaine « légitimité »  aux yeux des autres. Ils ne doivent pas être que les « chanceux-qui-ont-gagné-au-Loto » non, ils sont aussi une personne à part entière avec le droit le plus fondamental des êtres humains : celui d’exister.

Dans tout couple qui « fonctionne », il est indispensable que chaque protagoniste soit en harmonie avec lui-même, qu’il s’apprécie vraiment afin d’être apprécié.

En tant que Coach de vie, j’aime dire aux personnes qui viennent me voir que la compagnie de l’Autre est plus appréciable si elle répond à une envie plutôt qu’à un besoin car le « besoin de l’autre » nous mène à la dépendance affective, sentiment ô combien difficile à vivre, car générateur d’angoisseset de remises en question douloureuses. Savoir vivre seul, mais se dire que la vie est encore plus belle quand celui ou celle qu’on aime est à nos côtés, c’est le Graal, j’appelle cela « la cuiller de miel », le « bonus ».

En coaching, on travaille les « piliers de vie ». J’essaie de faire en sorte que les personnes qui me consultent prennent conscience qu’il serait utopique de penser qu’on peut être heureux en mettant les clefs de notre bonheur dans la poche de l’autre… Le bonheur, c’est une responsabilité personnelle, à nous de mettre les choses en œuvre pour y accéder. « S’aimer soi-même c’est être assuré d’être aimé toute la vie – Oscar Wilde ».

Nos trois couples se portent bien, ils ont utilisé le meilleur des outils pour remédier à une situation qui aurait pu dégénérer du fait de la perted’estime de l’un des deux membres du couple et du sentiment de non-reconnaissance qui en aurait inévitablement découlé : ils se sont parlé, se sont écoutés et se sont compris.

Les conjoints de lombre sont plus nombreux qu’on ne pourrait l’imaginer. Que leur amoureux(se) soit porté(e) aux nues du fait de ses actions, son métier, son physique, sa personnalité atypique, sa gentillesse ou tout autre qualité remarquable et remarquée, ces chanceux peuvent parfois se retrouver dans une situation où leur bonheur peut prendre un goût amer…

La bonne nouvelle c’est qu’en communiquant, dans le respect de soi et de l’Autre, les situations douloureuses finissent par devenir des expériences de vie, des moyens de rebondir et d’avancer à grands pas vers le meilleur.

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